Adrère Amellal

Au pied du mont Gaafar, aux confins occidentaux de l’Égypte, un village de sel et de glaise s’est bâti sans une seule prise électrique. Adrère Amellal, « la montagne blanche » en langue siwie, tient du labyrinthe autant que de la forteresse : un édifice modelé à même le sol, de matières puisées sur place.

Dix-sept bâtisses, éparpillées sur la pente, abritent quarante chambres sobres au style brut, jusqu’aux suites de sel. Toutes partagent les mêmes murs de kershef, ce mélange de sel gemme, d’argile et de paille séché à l’air libre, percés de petites fenêtres à volets de bois qui cadrent le paysage. À l’intérieur, l’essentiel repose sur la matière : des lits bâtis sur des socles de blocs de sel, des tables de chevet taillées en zigzag dans la roche saline, un parquet, des tapis berbères et des rayures siwies sous de blancs édredons de coton égyptien. Les meubles, faits de troncs et de palmes, répondent aux salles de bains de grès. La nuit venue, de hauts chandeliers de fer portent des bougies de cire d’abeille, des braseros d’olivier réchauffent les pièces, et une bouillotte vient se glisser entre les draps.

À table, le chef Arafa Mahmoud signe une cuisine égyptienne et européenne, légère, biologique, mais qui ne manque pas de caractère. Herbes et légumes sont cueillis chaque matin dans le potager, sans pesticide, et les plats mijotent dans des poteries de terre cuite : tomates farcies aux petits pois du jardin, risotto à l’hibiscus, pigeons grillés, cigares de dattes, ces fruits dont la région a fait sa réputation. Le petit-déjeuner réunit œufs, galettes, feta locale et confitures maison ; le déjeuner se prend au grand air et l’heure de l’apéritif amène liqueurs et olives du pays. Enfin, des dîners dressés chaque soir dans un autre décor, patio ou grotte, à la lueur de centaines de flammes, se vit telle une rêverie.

Entre les repas, la piscine, que la palmeraie ombrage, invite à la baignade. Ensuite, l’oasis tout entière s’offre comme terrain d’exploration : en 4×4 à travers la Grande Mer de Sable, de crête en crête et de lac en lac ; au temple de l’Oracle d’Amon, que visita Alexandre le Grand en 331 av. J.-C. ; dans la citadelle de Shali, élevée en 1203 ; parmi les tombes romaines de Jabal el Mawta. L’eau n’est pas en reste : la source de Cléopâtre, l’île de Fatnas et son lac salé, le bassin sulfureux de Bir Wahed, chaud au bout de la piste. Et pour les articulations, le bain de sable de Jabal Dakrour, où l’on se laisse enfouir avant qu’une tisane ne vienne rafraîchir.

Au lever du jour, c’est le soleil qui fait office d’interrupteur.

 

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