À Tunis en Egypte, un village de potiers posé au bord du lac Qarun, à deux heures au sud-ouest du Caire, une ancienne maison d’artistes reconvertie en demeure accueille désormais les voyageurs, la Villa Fayoum. Entre palmeraies et sable, elle s’étend au milieu de plus d’un demi-hectare de verdure, où de grands palmiers, figuiers, bougainvilliers et hibiscus semblent avoir poussé là sans que personne ne l’ait décidé.
Cette résidence d’argile aux toits voûtés, comprend douze chambres portant chacune, le nom des grandes oasis du désert occidental : Siwa, Dakhla, Farafra, Bahariya, Kharga et leurs voisines. Dans chacune, un kilim tissé à la main à Siwa prolonge ce voyage immobile. Les bâtisses ont été restaurées avec la pierre, la brique et la terre crue des environs ; les salles de bains, en carrare de récupération, ouvrent sur des murs de tadelakt, cet enduit lissé au galet venu du Maroc.
Mais c’est dans les salons que l’atelier d’artistes d’autrefois se révèle. Au salon extérieur, des motifs en relief, fleurs et feuillages de la flore égyptienne, affleurent sur les murs : les artisans du coin les ont sculptés à même la glaise en bâtissant les lieux. Les canapés se couvrent de tapis chinés ; autour de la grande tablée du jardin d’hiver, une superbe cheminée ottomane d’époque tient lieu de maître de cérémonie. D’une pièce à l’autre, une chaise syrienne ou un détail singulier retient le regard, moucharabiehs et vieilles rampes en prime. Textiles, objets d’art et antiquités de plusieurs continents et siècles s’y répondent avec un naturel qui ne laisse rien deviner du soin mis à les choisir.
La cuisine va de la ferme à l’assiette, au gré des saisons et des récoltes des fermiers voisins. Le chef dresse le couvert selon l’envie, à l’intérieur ou sous les arbres.
Le reste du temps, on flâne. Le bassin de seize mètres, en granit doré et marbre du Sinaï, répond au lac, que l’on aperçoit de certains espaces et où se posent ibis, pélicans et hérons. À quelques pas, les ateliers de poterie jalonnent les ruelles : leurs céramistes, formés à la célèbre école du Fayoum, proposent des cours particuliers. Plus loin, en voiture, le Wadi El Hitan, la vallée des Baleines, classée à l’UNESCO, garde les squelettes de cétacés vieux de cinquante millions d’années. Medinet Madi, enfin, abrite le seul ensemble de temples du Moyen Empire parvenu intact jusqu’à nous, dédié à Sobek, le dieu crocodile.
On repart avec un bol tourné de ses mains. A Fayoum, c’est l’argile qui a le dernier mot !







